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Témoignages


 


Témoignage d’Ostad Elahi, fils de Hadj Nemat

Mon père était très intransigeant pour tout ce qui touchait au respect d’autrui. Il a d’ailleurs apporté beaucoup de soin à mon éducation morale. Je me souviens qu’un jour où il m’avait réprimandé, une femme d’un certain âge qui travaillait chez nous m’a gentiment demandé : « Mon petit, qu’as-tu fait pour que ton père...? » Mais je l’ai rabrouée avant qu’elle ne finisse sa phrase et elle n’a plus rien dit. Un peu plus tard, mon père m’a fait dire que même s’il pardonnait ma première faute, il ne le ferait pas pour la deuxième, qui était d’avoir fait de la peine à cette femme, tant que je ne me serais pas racheté et que je n’aurais pas obtenu qu’elle me pardonne.

Je me souviens d’une autre fois où, en compagnie de quelques notables, le gouverneur de la région est venu rendre visite à mon père. Un grand nombre de personnes attendaient, sous un soleil de plomb, et l’on a installé le petit groupe à l’ombre, sous un abri dressé à son attention. Lorsque mon père est arrivé, il a aussitôt demandé pourquoi les notables étaient à l’ombre alors qu’il n’y avait aucune différence entre eux et ceux qui se tenaient sous le soleil. Et il a ordonné que l’on retire l’abri, ce qui a été fait avec tant d’empressement que celui-ci s’est écroulé sur les notables. Mais mon père ne s’est pas excusé, bien au contraire, il les a sermonnés : « Comment avez-vous pu accepter d’être assis à l’ombre quand les autres étaient en plein soleil ? En quoi êtes-vous différents ? Ne sommes-nous pas tous faits de chair et de sang ? ».

Témoignage de Seyyed Tahmasb, membre du clergé qui devint par la suite un derviche de Hadj Nemat

J’avais entendu parler d’un certain Hadj Nemat qui avait la réputation d’être une grande personnalité spirituelle. Je me suis rendu sur place pour y mener ma petite enquête. De nombreuses personnes attendaient dans une vaste pièce pour le rencontrer. Il ne restait qu’une petite place au fond, près de la porte, à côté d’un vieillard en haillons et très sale. N’ayant d’autre choix, je m’y suis assis tout en m’offusquant intérieurement d’être contraint à me mêler à ces gens d’une dignité inférieure à la mienne. Quelques minutes plus tard, Hadj Nemat est arrivé. Conformément à la coutume, il a d’abord fait le tour de l’assemblée pour embrasser les mains des personnes présentes. Quand mon tour est arrivé, il m’a embrassé les mains et m’a examiné sans dire un mot. Puis il est passé à mon voisin en haillons et lui a embrassé très chaleureusement les mains et le visage en lui disant les paroles suivantes : « Mon ami, tu m’es cher, comme le sont ceux qui te ressemblent. J’aime ta foi ! Laisse tomber toutes ces grosses têtes enturbannées [en référence aux membres du clergé imbus de leur savoir et de leur position sociale, dont l’habillement traditionnel comportait un turban], qu’ils s’occupent de leurs affaires… ». Après s’être assis, il s’est tourné vers moi et a demandé qui j’étais. J’ai alors répondu que j’étais justement une de ces grosses têtes enturbannées. En réponse de quoi il m’a dit que dans ce lieu régnait la divinité et que tous étaient égaux devant Dieu. Puis il a ajouté : « vois ce vieil homme en haillons à côté de toi, et vois quelle place il a auprès de Dieu ! ».

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